The Pharcyde – Labcabincalifornia

Durant les années 90 aux Etats-Unis, le milieu musical du hip-hop connut une confrontation violente, opposant la côte Ouest à la côte Est du continent : elles sont représentées par Tupac Shakur d’un côté, et The Notorious B.I.G. de l’autre. Cette guerre coûta d’ailleurs la vie à chacun. Au milieu de tout ce contexte du « gangsta rap » alors en plein essor, des artistes et formations comme Jurassic 5, Del Tha Funkee Homosapien ou encore Blackalicious commencent à émerger et à se détacher de tous ces événements tragiques en présentant un rap plus positif. Parmi eux le groupe The Pharcyde, formé par Bootie Brown, Imani, Slim Kid, Fatlip, suivi non loin derrière de J-Dilla et deux autres producteurs, sort son deuxième album « Labcabincalifornia », presque 3 ans après « Bizarre Ride II The Pharcyde » .

Les deux albums, complètement en décalage avec ce qu’il se passait à l’époque, n’ont été découverts que plus tard, quand le calme revint entre les deux maisons de disques des rappeurs décédés. Ce qui contraste avec le gangsta rap, c’est justement l’aspect « ça coule de source », aussi bien dans le flow que dans la musique. Une bonne partie des samples se base sur des enregistrements qui vont du début des années 60 aux années 90, en passant par Gary Burton, Luiz Bonfa & Stan Getz, Buddy Miles, Roy Ayers. Le groupe fait également quelques clins d’oeils à d’autres formations de rap comme Beastie Boys, Run DMC et Wu-Tang Clan, en intégrant certains samples de leurs morceaux à l’album « Labcabincalifornia ».

A cette époque, « Labcabincalifornia » fait un état des lieux des deux ans de tournée que le groupe a vécu avant de pouvoir se poser en studio à Los Angeles : deux ans à perfectionner la recette du groupe, à trouver de nouvelles idées et qui allaient enfin pouvoir germer, laissant derrière eux le DJ J-Swift qui n’a pas suivi le groupe, puisque les productions du beatmaker ne correspondaient plus à l’esprit apaisé qu’avaient acquis les rappeurs depuis leur premier album. Et c’est presque un mal pour un bien, car chaque rappeur a produit des morceaux, en compagnie de Diamond D, M-Walk et Jay Dee alias J-Dillah. Ce dernier signe aussi ses premières expériences en solo après avoir travaillé avec la formation new-yorkaise A Tribe Called Quest.

Les instrumentales sont teintées de guitare basse, de clavier, de vibraphone, de guitare bossa nova ou encore de saxophone, tous ces instruments étant empruntés au jazz des musiciens cités plus haut et qui attestent de l’esprit plus cool qu’on trouve dans « Labcabincalifornia » contrairement à son prédécesseur « Bizarre Ride II The Pharcyde ». En somme, un album devenu incontournable parmi les classiques du genre, et surtout, en contraste avec l’époque. « Labcabincalifornia » se dresse, par exemple, au même rang que « Beats, Rhymes & Life » du groupe A Tribe Called Quest, ou encore « The Score » du groupe The Fugees.

Pour écouter sur Deezer : c’est ici

 

 

Nico
Baigné dans la musique depuis son plus jeune âge, il aime quand la musique le fait vibrer, quelle qu'elle soit : funk, blues, hip-hop, electro, jazz, rock, world... la musique n'a pas de classification dès lors qu'elle procure des émotions et qu'elle touche l'âme humaine.