Edward Sharpe And The Magnetic Zeros – Up from Below

Edward Sharpe And The Magnetic Zeros – Up from Below

Je suis en retard pour la chronique. Et j’avais prévu de parler de Ben Howard.

Mais il se trouve que je suis d’humeur massacrante. Avoir frôlé l’interdit bancaire ce matin y est peut-être pour quelque chose, allez savoir. À partir de là, j’ai su que ma journée allait être longue. Quand on compte les minutes au travail qui nous séparent de la grotte d’où on n’aurait jamais dû sortir, c’est le signe qu’il faut accepter que ça sera un jour sans (alerte euphémisme).

J’ai donc égrené les heures à distribuer sourires acides et contenir avec peine mon agacement devant la stupidité des gens.

Un sursaut d’instinct de conservation m’a évité d’écouter ma playlist « pétage de plomb », qui promettait de me faire sombrer d’une misanthropie banale vers une petite haine aux dents pointues.

Dans une dernière tentative pour limiter les dégâts, j’ai mis « Up from Below » d’Edward Sharpe and the Magnetic Zeros sur la platine. Ça ne pouvait certainement pas empirer l’état de mes nerfs, et qui sait, peut-être même me sauver du lynchage par mes collègues.

« Up from below » fleure presque bon la barbe fleurie de néo-hippie d’Alex Ebert, l’Edward Sharpe de ce groupe de pas loin de onze musiciens, que Jade Castrinos et lui ont fondé.

Évidemment, ils viennent de Californie. On le devine derrière chaque note dorée à l’ensoleillement permanent. J’avais écouté cet album un hiver, et l’effet réchauffement était à son maximum (je vous parle d’un hiver qui en était vraiment, pas de cet espèce de pré-printemps qui rend tout le monde nerveux).

Autant prévenir tout de suite : si les premières notes des Mama’s & Papa’s vous font fuir,  que le simple terme hippie vous met la bave enragée aux lèvres, et que vous avez été horrifié devant l’espèce de messe païenne à ciel ouvert des Polyphonic Spree, arrêtez-vous tout de suite ici, et lisez une autre chronique.

Le collectif plonge avec plaisir dans l’héritage psychédélique, sans faire d’ « Up from Below » un album passéiste. Multiples guitares folk, trompette, bouzouki, percussions digitales, piano, tout est bon pour servir des harmonies vocales que n’aurait pas reniées Mama Cass Elliott.

Il y a quelque chose d’assez fascinant, quand on est introverti ou juste dans une phase de misanthropie (ou les deux), à regarder un tel effort collectif. Ils n’ont pas l’air de se forcer, et ont manifestement du plaisir à jouer tous ensemble, et apparemment, partout. Et c’est tout. Pas de message « engagé », pas de posture, pas d’ironie. Alors oui, Edward Sharpe est une espèce d’alter-égo créé par Ebert à la sortie d’une cure de désintoxication, en réponse à une perte d’identité et de repères, assorti d’un étrange délire néo-messianique collé au personnage. Mais il a l’air de s’être -heureusement- dissous dans le groupe.

C’est ce que le visuel du prochain album (prévu pour le 15 avril prochain) donne à penser. On y voit le nom Edward Sharpe barré de rouge, pour ne laisser qu’apparaitre The Magnetic Zeros. C’est peut-être la seule chose à comprendre finalement, leur capacité à faire de la musique tous ensemble, ou chacun apporte sa pierre à l’édifice.

 

Pour l’écouter ensuite dans sa grotte.

 

 

Anna
"Le fait que son prénom soit un palindrome est une source de joie perpétuelle pour elle" est la seule phrase rescapée de sa dizaine de tentatives à écrire une bio. Et comme elle prend bien trop de goût à écrire à son sujet en utilisant la troisième personne du singulier, elle va s'arrêter là, tout de suite.